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L'Art belge en France de 1919 à 1939 : présence et réception des artistes belges en France durant l'entre-deux-guerres.

La période de l'entre-deux-guerres est riche de modifications et prend place dans un contexte franco-belge sans précédent : même si la Belgique et la France étaient devenues soeurs de sang et alliées dans la victoire, il leur fallait gérer désormais les séquelles du conflit linguistique émergé durant la Première Guerre mondiale sur la scène intérieure belge, la concurrence d'un développement économique exceptionnel dans les années 1920, aussitôt suivie du krach boursier américain engendrant une crise économique mondiale dont les deux Etats ne se remettraient qu'à partir de la moitié des années 1930, ainsi que l'internationalisation croissante des pratiques culturelles et artistiques.

Dans ce contexte, trois processus de présentation de l'art belge en France durant cette période peuvent être définis :

L'Etat belge, tout d'abord, continua, dès le lendemain de la Première Guerre mondiale et sous la direction de son commissaire pour les expositions de Beaux-Arts, Paul Lambotte, de promouvoir les artistes belges et, par eux, la Belgique elle-même en France, par l'intermédiaire de différentes expositions, notamment au musée Galliera à Paris en 1921, à Nîmes en 1929, au musée du Jeu de Paume à Paris en 1935, ainsi que lors des différentes participations belges aux expositions internationales organisées en France (Bordeaux en 1927, Paris en 1937, Lille et Roubaix en 1939). Mieux encore, de 1926 à 1931, le ministère belge des Affaires étrangères lui-même se dota d'une Association belge de propagande artistique à l'étranger destinée à favoriser par le biais des arts les intérêts de l'Etat à l'étranger. C'est ainsi que furent organisées des expositions d'art belge contemporain en Egypte et aux Etats-Unis, mais aussi à Grenoble en 1927, Paris en 1928 et Rouen en 1929. L'indépendance de cette structure par rapport au ministère des Sciences et des Arts et les personnalités qui participèrent de ses projets (Louis Piérard, Richard Dupierreux, Paul-Gustave Van Hecke du côté belge, Andry-Farcy ou André Dezarrois du côté français) donnèrent lieu à des sélections extraordinairement éclectiques et engagées pour cette époque : la première participation de René Magritte à une manifestation patronnée par le gouvernement belge eut donc lieu à Grenoble en 1927, et non pas en Belgique (où, lors de l'exposition universelle de 1935, il était encore jugé trop "subversif"), et l'exposition de L'Art belge depuis l'impressionnisme au musée du Jeu de Paume en 1928 consacra, de façon tout à fait remarquable, les expressionnistes flamands du second groupe de Laethem-Saint-Martin au sein du grand public français.

A ces manifestations régaliennes vinrent s'ajouter des initiatives privées, telles celles d'Isy Brachot qui animait à Paris un important réseau artistique hérité d'avant la première guerre mondiale, ou, à l'opposé de ces tendances devenues académiques, Paul-Gustave Van Hecke, animateur de la revue anversoise Sélection, qui parvint à former un consensus artistique parisien autour des artistes expressionnistes belges qu'il défendait.

D'autres artistes, enfin, liés à l'abstraction ou au surréalisme, s'installèrent à Paris dans le cadre des mouvements artistiques qui leur étaient propres : René Magritte, Georges Vantongerloo, Michel Seuphor en sont des exemples parmi d'autres.

Si, conformément à la dichotomie propre à l'histoire de l'art de l'entre-deux-guerres, la presse française généraliste ou conservatrice, ainsi que l'Etat français dans son active politique d'acquisition d'oeuvres d'art étrangères, accueillirent favorablement les formes académiques de l'art belge en ce qu'elles ressemblaient à celles de la France et rejettèrent tout art jugé trop novateur ou déconstruit, quelques critiques d'art et galeristes d'avant-garde français, avides d'un renouveau des pratiques artistiques, trouvèrent au contraire dans l'art belge moderne l'essence d'un art différent de celui qu'ils connaissaient. C'est ainsi, par exemple, qu'une salle d'art belge moderne fut inaugurée en 1928 dans les collections permanentes du musée de Grenoble sous l'augure des critiques d'art belges Louis Piérard, André De Ridder et du Français Florent Fels.

La réception critique de l'art belge en France constitue donc, dans toute sa complexité, une exemplification idéale de la distance qui s'inscrira, désormais - et définitivement ? -, entre les milieux artistiques et le grand public. L'objet de notre thèse est de documenter chacun de ces réseaux.

Page créée par Céline
De Potter le 28/10/07.